Quelques phrases expriment toute une biographie. Dans le film documentaire de Gitta Gesell ‘Irène Schweizer’ de 2005 la protagoniste dit : « S’il n’y avait pas de jazz, je ne serais pas musicienne ! » Pendant 75 minutes le film montre, ne pas toujours chronologiquement mais très expressivement, par des interviews, voyages, extraits de concerts, images et textes le départ émancipatoire et existentiel en liberté en se jetant à l’eau métaphoriquement. ‘Le jazz’ dont Irène Schweizer de Schaffhouse était envoutée à 18 ans n’est pas le même qui la rendra « la grande dame du jazz européen ». Elle a vécu une époque bouleversante : une révolution politique et musicale, 1968, le mouvement anti-apartheid, le jazz comme terrain masculin. Elle a travaillé comme secrétaire pour gagner de l’argent, est devenue une figure internationale du free jazz. Elle s’est engagée pour le groupe de femmes homosexuelles, a fondé le Feminist Improvising Group, joué avec les Diaboliques, marqué le premier festival Taktlos et le label Intakt par un enregistrement phénoménal au Rote Fabrik à Zurich. Des fois la pianiste rêve de donner des concerts par téléphone. Rétrospectivement tout cela semble plus drôle qu’il était probablement à l’époque. « Des temps brutales exigent une musique brutale » dit Jost Gebers (FMP). Encore une phrase très précise ! Le film ‘Irène Schweizer’ a 11 ans maintenant, mais semble une bonne idée en 2016.